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PODCAST,  Professionnels du tourisme,  Tourisme Durable

Qu’est-ce qu’un artisan du voyage ?

Je me suis rendue au Vigan, une petite ville au sud des Cévennes, pour faire la rencontre de Gaëlle, la fondatrice d’Azimut Voyage. Azimut Voyage, c’est une association de tourisme responsable qui offre des séjours autour de thématiques originales. Des séjours qui vous amèneront hors des sentiers battus. Afin de vous proposer des voyages faits de rencontres et de découvertes atypiques, cet artisan du voyage prend le temps de créer des séjours authentiques et solidaires. Azimut par définition, est un angle de mesure qui en arabe signifie direction. Dans l’univers du tourisme en général, il existe mille et une façons de voyager. Si vous choisissez d’acheter un séjour dans une agence de voyage, vous êtes aussi face à un éventail de possibilités.

Lors de cet interview, nous allons comprendre les valeurs et les engagements d’un artisan du voyage. Quels sont les avantages lorsqu’on choisit de partir avec un artisan du voyage?

🎧🔻Pour écouter l’interview c’est à la fin de l’article ! 🔻🎧

Les débuts d’Azimut Voyage, artisan du voyage

Gaëlle, pourrais-tu nous raconter comment tout à démarrer pour Azimut Voyage, lors de la création de votre premier séjour ?

Tout a commencé il y a un peu plus d’une dizaine d’années, alors que je voyageais. J’avais 18 ans, je voyageais beaucoup en Afrique avec mon père. Et je suis tombée amoureuse du Maroc et de ses habitants. À ce moment là je travaillais dans l’édition, coincée dans un petit bureau à Paris. Puis, petit à petit, je me suis dit que pouvoir faire partager ce que j’appréciais de ce pays me tenait à cœur. À savoir, les rencontres, l’immersion, les montagnes, cette chaleur et ces échanges possibles, m’ont donné envie de créer un séjour et voir si ça pouvait fonctionner avec des voyageurs.

De façon tout à fait confidentielle au début, on a créé une petite association. Ainsi on a amené des connaissances et des gens au Maroc. La découverte a plutôt bien fonctionné. Et au fur et à mesure, Azimut Voyage s’est étoffé. Ensuite, ce sont les voyageurs eux-mêmes qui nous ont demandés d’organiser des séjours dans d’autres destinations, avec cette même philosophie. C’est-à-dire, d’aller vraiment à la rencontre, de se glisser dans le rythme du pays, de découvrir ses paysages. Mais pas seulement en tant qu’acteur passif : de pouvoir participer, d’être dans la confection des repas, de pouvoir ramasser dans un jardin, de découvrir l’artisanat, de pouvoir faire du khôl par exemple. Puis, on a transposé cette formule dans les Cévennes, où je suis venue m’installer. Là j’ai rencontré des guides qui connaissaient beaucoup d’agriculteurs, d’acteurs locaux. Des personnes qui font vivre les territoires.

L’idée c’était de commencer au Maroc, ensuite dans les Cévennes, et maintenant on propose au Portugal, au Congo et à d’autres pays.

Les valeurs en faveur du tourisme durable pour un artisan du voyage

Azimut Voyage est une association de tourisme durable. Pourquoi faire le choix de ce statut plutôt qu’un statut d’entreprise? Quelle est votre philosophie du voyage ?

Donc on a commencé en tant qu’association parce qu’on reverse 3% du prix de vente pour des projets de développement. Ainsi ça nous plaisir d’avoir ce côté associatif. Aussi on organise des séjours pour des personnes déficientes visuelles. Là on fait appel à des bénévoles qui vont le temps d’un séjour en France, devenir guide. Ils vont permettre à ces personnes non voyantes, de saisir un territoire et de le découvrir. Et puis dans la philosophie, c’est quelque chose de plus collaboratif, dans l’échange. Plutôt qu’une entreprise où on va venir consommer un séjour. Vu qu’on conçoit les séjours de façon plus intime, le statut associatif nous convient pour l’instant.

Devenir un voyageur responsable

Pourrais-tu nous dire en quelques mots, ce qui fait la différence de partir en vacances avec un artisan du voyage, plutôt qu’une agence de voyage classique ?

Donc nous sommes sur une idée où les personnes, quand elles vont nous contacter, vont tomber sur moi. Je fais toutes les prospections avec les guides, je conçois, qui fouillent. Par exemple, je reviens des Pyrénées où pendant une semaine j’étais avec Paul Remise, un guide français. Nous sommes allés rencontrer les gens sur place. Ainsi, lorsqu’on nous contacte directement, les gens peuvent être rassurés car je sais vraiment de quoi je parle : j’ai construit le séjour moi-même. Donc je peux échanger avec eux de façon plus intime. On va aller chez des gens qu’on connait, qu’on apprécie, qui sont contents de nous recevoir aussi.

Puis, on ne va pas acheter des boucles. En effet, beaucoup d’agences de voyages vont travailler avec un guide qui s’appelle un réceptif. Elles vont proposer un produit tout « clefs en main » plutôt qu’un voyage. Alors que nous construisons le voyage pas à pas, tout est fait maison. C’est pour ça qu’on se considère comme artisan. Aussi, on essaye de valoriser des personnes qui font vivre le territoire. Et on n’est pas sur quelque chose de plus gros, et de probablement moins personnel.

Pour être un voyageur responsable, le fait des choisir les bons prestataires est un signe d’engagement en faveur du tourisme durable.

Le tourisme solidaire et son impact sur le territoire

Pourquoi selon toi, il est important de faire le choix de partir avec un créateur de voyage qui offre des séjours avec des retombées économiques locales ?
Quelles sont les conséquences de ces retombées économiques ?

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Dès le début, l’idée de ces voyages là c’était d’apporter un soutien, pas de faire de la charité. Mais en tout cas de pouvoir permettre à ces gens là de tirer une source de revenu, dans des territoires plutôt reculés. On a commencé au Maroc, dans les Cévennes, c’est pareil. Nous sommes vraiment dans l’envie de rétribuer des gens qui vivent à l’année sur ces territoires. Et aussi de faire intervenir différents acteurs.

Par exemple, quand on va dans le désert, on loue des dromadaires à une famille de nomades qu’on a rencontré. Cette famille a 4 ou 5 dromadaires, et on va travailler avec eux. Pour eux c’est une source de revenu. De notre côté, nous savons que ça va aider une famille. Plutôt que de passer par le gros loueur de dromadaires, qui est une énorme famille. Ils vont avoir 300 dromadaires ! Ils vont parfois baisser les prix, faire pression sur les nomades.

Nous sommes dans cette logique de qualité dès le début. On rétribue correctement les guides aussi. On essaie d’avoir une éthique. Et donc ces retombées économiques locales, ça permet de faire vivre le territoire à l’année. Comme dans les Cévennes, où on organise beaucoup de choses. Souvent, ce sont des pays, des territoires ruraux assez reculés où il est difficile de trouver du travail. Donc on se sent porteur économiquement. Que ce soit un tourisme durable : c’est-à-dire que cela va avoir des répercussions économiques viables, durables et qu’on est pas dans une exploitation brute.

Une démarche de développement du territoire

Nous sommes dans une démarche de développement du territoire, de vouloir pérenniser les circuits courts. Par exemple, en terme de nourriture, on fait très attention à proposer des plats qui sont locaux. Ainsi on valorise les produits locaux, on les fait découvrir, et plutôt dans une gamme bio. L’idée est de pouvoir rencontrer parfois les producteurs, pouvoir cueillir une salade dans un jardin. Au lieu d’aller dans des grosses enseignes, où les prix sont plus bas mais on ne connait pas la provenance. Alors que là, les gens vont pouvoir découvrir une région à travers ses produits.

Idées de séjours pour des voyages autrement

Le printemps et l’été approchent. Quelles sont les 3 destinations – activités que tu conseillerais pour des vacances responsables ?

Voyage au cœur des rites marocains

Pour le printemps et l’été il y a pas mal de séjours ! Notamment un au Maroc qui s’appelle « Voyage au cœur des rites marocains ». Un séjour que j’ai créé au tout début de la création d’Azimut Voyage. Le concept est d’aller à la rencontre de ces femmes que j’apprécie énormément. Pouvoir se glisser avec dans un hammam traditionnel, de pouvoir fabriquer du khôl, qui est le maquillage traditionnel. C’est aussi par exemple, de pouvoir récolter de l’argile en pleine nature, de découvrir comment on fait du tadelakt (un enduit traditionnel marocain), des pâtisseries marocaine, etc.

C’est un séjour qui s’articule autour du Haut Atlas, et ensuite on rejoint la côte Atlantique, pour partir à la rencontre d’une coopérative d’huile d’argan bio. Les femmes font un boulot exceptionnel. C’est un voyage qui se passe début mai.

Randonnée en itinérance à travers le chant

On propose aussi un séjour avec une prof de chant, en itinérance avec des ânes dans les Cévennes. On va essayer d’aller explorer le chant dans des espaces naturels et atypiques. Ce sera par exemple, chanter de nuit, chanter dans une grotte, on va essayer d’aller à la découverte de beaux paysages et de se perdre en pleine nature. Une expérience du chant assez rare. Souvent les stages de chants se déroulent dans des pièces fermées. Donc on va explorer différents sons.

Escapade céleste

Un court séjour autour de l’astronomie d’une durée de 4 jours. L’idée est de rejoindre un observatoire d’astronomie perdu dans la montagne. Il s’agit de l’observatoire du lac des Pises. Une possibilité pour observer le ciel avec un astronome, en mêlant ça à des belles randonnées de jours. Ainsi qu’une occasion d’observer les vautours!

🎧 🔻Pour écouter l’interview c’est ici ! 🔻🎧

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