tourisme durable
Devenir acteur du tourisme durable,  Interview

Mauro Almeida C. : Voyager en Amazonie et réaliser un documentaire humaniste

Profiter de son voyage pour faire émerger un projet original, tel que la réalisation d’un documentaire. Quelle riche idée ! Nombreux n’oseront pas s’aventurer, même en esprit, vers une réalisation pareille. Pourtant voyager, c’est l’occasion de tenter la nouveauté dans son domaine de compétences et dans ses habitudes. Et y voir, une opportunité de créativité et d’échange interculturel. Consommer son voyage et après ? Comment garder une saveur de l’impalpable comme les échanges d’idées et les témoignages ? Réaliser un documentaire c’est donc bien plus que garder une trace. Car certains voyages sont uniques dans leur destination et dans les rencontres. À l’heure où 95 % des voyageurs vont visiter à peine plus que 5% de la planète, il est si intéressant de partager des connaissances d’autres territoires insolites. Et de faire voyager d’autres visions du monde, d’autres peuples. Il existe d’autres sociétés que le modèle occidental.

Mauro Almeida C. a répondu à cet interview pour partager son expérience et venir nous insuffler quelques idées créatives pour nos prochains voyages. Mauro Almeida C. a voyagé en Amazonie et sans bagage de vidéaste, il a réalisé et diffusé un documentaire. Un film humaniste nait suite à sa rencontre avec le peuple des Yanomami. À l’issu de ce voyage, Mauro et Fränk ont associé leurs compétences pendant plusieurs mois pour nous offrir cet extraordinaire documentaire « Filhos da Lua », La voix des Yanomami.

 

Interview de Mauro Almeida C.


🎧 Le lien pour l’écoute audio de cet interview est à la fin de l’article !!


tourisme durable

Mauro Almeida C.: Pour la traduction « Filhos da Lua » ça veut dire, « les Enfants de la Lune ». J’ai longtemps cherché un titre, et puis je me suis dit que ça serait intéressant de donner un titre à ce documentaire, qui parle indirectement de leur culture. En fait, dans la culture Yanomami, la lune joue un rôle très important parce qu’au niveau de leur mythologie, la lune y est fortement présente. Les Yanomami eux-mêmes se considèrent en tant qu’enfants de la Lune. Plutôt que de qualifier ce peuple avec un regard européen, je me suis dit que ça serait bien de reprendre la manière dont eux même ils se perçoivent. Voilà pour l’histoire du titre.

Tu n’es pas arrivé en Amazonie par hasard, comment as-tu connu le peuple des Yanomami?

Mauro Almeida C.: Effectivement pour aller chez les Yanomami, ce n’est pas si simple que ça. Donc il ne suffit pas d’acheter un ticket d’avion et de dire, « je vais voir les Yanomami demain », ça ne fonctionne pas comme ça. Peut-être malheureusement, mais quelque part aussi heureusement : au moins, cela les protège un peu dans le sens de leur territoire.

Au Luxembourg, il y a un service de jeunesse qui s’occupe de ce cadre-là, d’envoyer quelqu’un en tant que volontaire. Mon idée initiale était de me rendre au Pérou pour rencontrer des peuples amérindiens. J’avais déjà négocié mon départ avec une ONG, quand par pur hasard, je tombe sur un projet en lien avec les Yanomami avec un partenaire Suisse.

Cependant pour des raisons techniques, ce projet de volontariat n’a pas pu se faire. En effet, partir pour un an, ce n’était pas suffisant par rapport au temps d’adaptation pour comprendre le climat, l’environnement, les questions politiques, la culture locale. Donc finalement je suis parti avec l’ONG Luxembourgeoise en tant que chargé de projet. Et c’est ainsi que j’ai eu accès à ce terrain. Il faut toujours négocier son entrée sur le terrain : ici la légitimité que j’avais c’était que j’étais responsable de projet d’éducation différenciée avec les Yanomami.

Pour entrer en territoire indigène au Brésil il faut deux autorisations différentes :

1. La FUNAI
2. Le peuple Yanomami doit être d’accord avec ta venue.

Tu es parti combien de temps chez les Yanomami ?

Mauro Almeida C.: En 2013, je suis resté deux semaines sur place en Amazonie, dont une semaine passée à Roraima, un autre État avec d’autres peuples indigènes. La deuxième semaine je l’ai passé avec les Yanomami dans l’État de l’Amazonie. C’est de cette semaine-là qu’est né le documentaire « Filhos da Lua », La voix des Yanomami. Puis en 2016, dans le cadre d’un stage, où j’ai pu rester 9 semaines sur place. J’ai pu passer presque un mois chez les Yanomami.

Donc tu vivais avec eu dans leur village ? Tu partageais ton quotidien avec les Yanomami ?

Mauro Almeida C.: Donc c’est à peu près ça. Je n’avais pas eu l’autorisation de la FUNAI pour aller en terrain Yanomami. Même si les Yanomami voulaient que je vienne. Comme j’ai été stagiaire dans une association qui s’appelle Secoya. En fait, on n’en a pas fait la demande car ça nécessite une organisation assez complexe. Et ce n’est pas garantie d’avoir la réponse assez rapidement. Je n’avais pas le temps pour attendre cette autorisation alors j’ai essayé de trouver une alternative.

Au sein même du Brésil, il y a des territoires qu’on appelle des territoires indigènes. Il y a une frontière à un moment donné entre le territoire indigène et le territoire du reste du Brésil. Je me suis rendu à la frontière du territoire des Yanomami. Ce qui fait que c’est eux qui sont descendu à la frontière. Il y a un « poste de frontière » : une maison en pleine jungle qui appartient à une dame française, avec qui je m’entends très bien. J’ai donc passé ces semaines chez elle à la maison. Et c’est un lieu de passage pour les Yanomami qui souhaitent se rendre en ville. À chaque fois qu’ils veulent se rendre en ville, ils veulent quitter leur communauté. Ils passent alors par la maison d’Anne Ballester.

Et en étant là pendant trois semaines, tous les jours, il y avait des enfants, des mamans, des chamanes, des personnes âgées, tout le monde passait par là pour faire au moins une petite pause. D’une communauté à une autre ça demande pas mal d’heures de voyage en pirogue.

Quelle était l’ambiance dans cette maison de passage ?

Mauro Almeida C.: Il faut s’imaginer une pirogue avec un moteur derrière. Ce moteur fonctionne avec un peu d‘essence. Donc pour des questions de rentabilité on va faire monter un maximum de personnes à chaque fois. C’était en fait un espace avec plusieurs lieux d’habitations. L’idée durant ces trois semaines là, c’était de proposer des cours au Yanomami : sur les droits fondamentaux des citoyens brésiliens, les droits de l’homme, des peuples indigènes en terme d’éducation, de santé, le droit à préserver leur traditions et leur culture. C’était un échange avec une partie de la communauté.

C’était un véritable lieu d’échange et de transmission. À la fin de ce séjour tu as réussi à collecter suffisamment d’éléments pour réaliser un documentaire indépendant.

À quel moment tu as l’idée de réaliser un documentaire sur le peuple des Yanomami ?

Mauro Almeida C.: Pour situer un peu, je reviens de mon voyage en Amazonie. Je viens de passer une semaine avec les Yanomami et pendant cette semaine-là durant mon temps libre, je me suis dit que j’avais envie de faire quelques interviews avec les Yanomami. Car je trouvais qu’ils avaient un discours très intéressant, une vision du monde qui était différente. J’avais envie de garder une trace. Alors j’ai pris mon appareil photo. Et j’ai demandé à un Yanomami s’il était d’accord que je lui pose des questions. Évidemment pour des raisons de langue, je n’ai pu interviewer que les Yanomami qui parlaient portugais.

L’idée c’était de garder un souvenir, une trace. C’était surtout un souvenir de voyage. Cette démarche-là n’était pas faite dans l’idée de faire un documentaire. En revenant, je me suis dit que ce serait dommage que ces interviews restent sur mon disque dur. Un ami d’enfance m’a proposé d’en faire un documentaire. En effet, il avait les connaissances techniques, les moyens techniques.

Comment ce projet de documentaire a été accueilli par les Yanomami ?

Mauro Almeida C.: Pour faire des interviews avec les peuples indigènes, il y a une posture éthique qui doit être respectée dans le sens où la personne doit être d’accord. La personne doit avoir un minimum d’informations avec ce qui sera fait avec les images. Et surtout il faut que la personne puisse voir le produit final avant qu’il soit diffusé, car la vison du réalisateur peut avoir déformé les propos. Il y a une vision éthique au départ.

Une fois le documentaire fini, on l’a envoyé, et il a été validé. Donc il y a eu une avant-première qui a été réalisée au Luxembourg, assez bien accueillie avec une salle de 150 personnes. On a réussi à faire venir un Yanomami sur place le jour de l’avant-première. – Les détails de cet incroyable voyage en Europe sont à l’écoute dans le fichier audio ! –

C’est plus qu’un documentaire quand on écoute ton discours. C’est une aventure qui a fait vivre beaucoup de choses, à beaucoup de gens.

Mauro Almeida C.: C’était avant tout un échange d’humain à humain. On est en plein dans l’interculturalité. On essaye de voir où est-ce qu’on se rejoint. Et on se rejoint dans une idée commune qui dit que chacun a le droit de vivre d’une manière digne dans le respect de ses croyances.

 

C’est comme ça que je t’ai connu par la diffusion du documentaire, par hasard je suis tombée sur le site internet et j’ai commandé le DVD.

J’ai pu par la suite, commencer aussi des échanges par mail avec toi. Et plus tard aussi te rencontrer ! Parce que la partie « diffusion du documentaire » est aussi très importante pour passer ce message, dynamiser cet échange, créer des rencontres.

Mauro Almeida C.: Tu m’as invité à venir sur place dans le cadre d’une écobalade qui était absolument splendide, et qu’on a pu clôturer par la diffusion de ce documentaire. Parfois, il suffit d’un mail pour qu’au final on se retrouve à le diffuser au sud de la France. C’est une aventure humaine aussi. L’idée de ce projet c’est de faire émerger des paroles, les paroles des Yanomami. Napoleon A. Chagnon va décrire les Yanomami comme un peuple primitif dans le mauvais sens du terme.

L’importance du documentaire c’est de faire émerger des paroles qu’on entend que rarement. Lorsque tu diffuses un documentaire, il y a toute cette dimension du débat, de l’échange et d’être dans l’interaction avec les gens qui viennent lors d’une projection pour créer le dialogue. Souvent effectivement, il y a des sociologues ou des anthropologues qui vont parler au nom des principaux intéressés. Je soutiens cette démarche, mais on ne pas dire que la vision d’un anthropologue a plus de valeur que la vision de quelqu’un qui fait partie de la culture dont on parle. L’idée c’est donner la parole à ceux qui n’ont pas toujours accès aux médias.

Aujourd’hui est-ce qu’il est toujours possible d’obtenir le dvd « Filhos da Lua », La voix des Yanomami ?

Mauro Almeida C.: Au départ on a fait 1000 DVD, il en reste 100 environ. Tout l’argent de la vente de ce DVD revient à la communauté Yanomami. J’ai repris toutes les donations, que j’ai reçues dans le cadre de ce documentaire. Et j’ai attendu qu’il y ait la création de la 1ère association Yanomami, qui s’appelle Kurikama. J’ai reversé l’argent pour soutenir leur association et pour qu’ils puissent renforcer leur indépendance. (10.000 reais au total, ce qui représente une « belle » somme au Brésil) Aussi vous pouvez m’inviter chez vous pour organiser la projection ! L’important c’est d’ouvrir un certain débat.

 

« Ce documentaire indépendant retrace le combat mené par le peuple Yanomami en Amazonie brésilienne pour maintenir leur culture dans un contexte socio-politique de plus en plus complexe où les peuples indigènes ne sont que rarement consultés.Entre mondialisation, pillage des ressources naturelles et non-respect de leurs terres ancestrales, les Yanomami ont du mal à faire entendre leurs voix. A base de témoignages rares, les Yanomami partagent leur vision du monde et dévoilent leur richesse culturelle ainsi que leur monde spirituel pour sensibiliser les sociétés environnantes sur cette réalité méconnue. Ainsi, les Yanomami alertent notamment sur l’importance de l’école indigène différenciée, la préservation de leur culture et le respect de Terre-Mère. »

 

Les informations complémentaires

 

🎥Matériel pour réaliser le documentaire :
Lors de son voyage Mauro a donc emporté avec lui un appareil photo, un modèle assez classique ; et un micro.

🌀Page Facebook
🌀Site internet

Crédits photos de cet article ©Mauro Almeida C.

 


🎧 Le lien pour l’écoute audio de cet interview est ici !! Cliquez sur le player ci-dessous !


 

Partagez vos idées !

%d blogueurs aiment cette page :